LE BOOM DES BAPTÊMES D’ADULTES

La réponse de l'EPUDF à une société en quête de sens
En dix ans, les baptêmes d’adultes ont triplé dans l’Église catholique. Le phénomène interroge les protestants sur leur capacité à accueillir cette nouvelle demande spirituelle.

 

Quelle est l’origine de ce tsunami de foi qui, en dix ans, a fait tripler le nombre de baptêmes d’adultes ?
Une épreuve, une maladie, un deuil sont souvent cités comme motivations, ou, plus naturellement, l’intérêt pour la religion catholique, voire une expérience spirituelle fortement vécue.
Mais vraisemblablement, la recherche de repères, si chère aux jeunes adultes face à un monde incertain, joue un rôle dans cette recherche. L’Église rassure, et le parcours du catéchuménat propose un foyer, une tribu, une famille spirituelle, et tranche face à l’individualisme de notre société. En dernier lieu, la religion n’est plus un héritage, mais un choix conscient et personnel.

Il en va de même pour les baptisés en bas âge qui souhaitent renouveler leur foi en Christ via un parcours de confirmands pour adultes, les « recommençants ». Ils étaient plus de 11 000 en 20262 à avoir reçu, le jour de la Pentecôte, ce sacrement.

 

 

Face à cette montée des demandes de baptême chez les catholiques, observe-t-on la même déferlante au sein de l’EPUDF ?
Jean-Luc Cremer, président de l’EPUDF Ouest, relativise : les protestants représentent 3 % des chrétiens, et l’EPUDF, moins de 1 %. D’autre part, la densité du nombre de paroisses – une quarantaine pour la région protestante de l’Ouest (un quart de la France) – face à 71 clochers et 256 prêtres3, uniquement en Loire-Atlantique, donne une idée du déséquilibre des forces en présence. Après quelques échanges avec des paroisses, la dynamique est différente d’une ville à l’autre. À Rennes, les pasteurs Hervé Stücker et Claire Oberkampf, au centre d’une ville de 73 000 étudiants, soit 10 % de la population de la zone urbaine, estiment être sur une sociologie très favorable. L’étude biblique « Soif de sens » rencontre un beau succès avec près de 60 personnes par semaine, dont 60 % de catholiques, sur un territoire où être breton et catholique est un pléonasme, ajoute Hervé Stücker avec humour. Il en va de même pour « EXPLORE », un culte autrement, pensé pour toute personne curieuse, croyante ou non, et pour tous les âges, en adoptant un vocabulaire accessible à tous. Hervé Stücker confie que, sur 15 baptêmes par an, les deux tiers sont des adultes et beaucoup étaient vierges de toute culture chrétienne, car issus de familles d’athées. Pour Saint-Brieuc, son ancienne paroisse, le ratio était inversé : avec 7 à 8 baptêmes par an, seulement 2 étaient des adultes. Le pasteur Cyrille Payot confirme ce ratio pour le Cognaçais : il baptise un tiers d’adultes pour deux tiers d’enfants. Hervé Stücker pointe la singularité de notre Église, la place donnée à la femme, l’inclusion par l’accueil inconditionnel et sans jugements, et rapporte, à ce titre, certaines mauvaises expériences vécues dans d’autres Églises de Rennes. En dernier lieu, le pasteur de Rennes souligne l’importance des canaux numériques (internet, réseaux sociaux), car la majorité des personnes en recherche passe par là. Pour le pasteur Pierrot Munch, la situation est différente à Nantes, avec une sociologie où le monde étudiant représente uniquement 6 % de la zone urbaine. Les demandes de jeunes adultes ne représentent pas une demande importante : elles sont donc traitées au cas par cas, avec un parcours à la carte et individuel, via, par exemple, un parcours Alpha et une participation au culte, fortement encouragée afin de favoriser une amorce de vie communautaire. Le pasteur de Cognac a la même démarche. En écho au culte EXPLORE de Rennes, Nantes propose un culte plus accessible avec « Résonance » chaque premier dimanche du mois à 18h30.  Un culte organisé autour d’un témoignage et d’un atelier artistique en libre-service, peindre en priant, tout un programme. Par ailleurs, Pierrot Munch met en évidence les marqueurs de notre Église inclusive ainsi que la libre conscience de chacun. L’Église catholique (voire évangélique), très présente en Loire-Atlantique, incarne des positions plutôt fermes entre le « permis/défendu », ce qui peut rassurer dans une quête spirituelle. « La conscience contre la règle », ponctue Pierrot Munch.

 

 

 

Si un point met tout le monde d’accord, pasteurs et président de région, c’est le manque d’outils, de cadre, de support. « Chaque pasteur fait son truc », dit Jean-Luc Cremer. Hervé Stücker ajoute que ce que propose notre Église, c’est « RIEN » : aucune catéchèse officielle, aucun discours. De son côté, Cyrille Payot utilise « le catéchisme protestant » d’Antoine Nouis.

Mais, visiblement, les choses évoluent à leur rythme. En effet, Marion Heyl, secrétaire nationale chargée de la catéchèse à l’EPUDF, a bien conscience du besoin d’accompagnement des catéchumènes et de création d’un catéchisme pour adultes. D’autre part, la liturgie de baptême pour adultes pourrait voir le jour au travers du processus de démarche synodale.

 

 

En conclusion, la recherche ou le besoin de spiritualité sont véritablement présents dans notre société, avec une dynamique forte et croissante. Avec un nombre de baptêmes d’adultes multiplié par 3 en 10 ans pour les catholiques, la tendance ne semble pas se réduire.
Notre Église voit ces demandes de façon bien disparate selon la sociologie des villes ainsi que leur taille, avec un avantage certain sur les bassins à forte concentration étudiante.

À l’instar de Rennes, les paroisses qui développent leur visibilité et leur offre cultuelle vers cette population obtiennent de très bons résultats. Comme le précise Jean-Luc Cremer, cela doit être également un projet porté par la paroisse et ne pas reposer uniquement sur les épaules du pasteur. Mais faire de la place à de nouveaux paroissiens sans culture chrétienne, et encore moins protestante, peut être un frein à cette « assimilation ». C’est déjà le cas chez nos frères catholiques, m’a confié Charlotte (responsable du catéchuménat), où le volume et le manque de culture bousculent les lignes et les préjugés parmi les bénévoles en charge des catéchumènes.

Malgré le manque d’outils, nos pasteurs restent imaginatifs et mobilisés afin de trouver une réponse adaptée à chacun. Concernant l’Église à son échelon national, elle est consciente des besoins, et, progressivement, les choses évoluent.

Jean-François Baudet Protestant de l’Ouest

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